Du haut de ta tour,
Gargouille de chair et de sang,
Tu ne te pares d'aucun atours
Pour affronter le monde vivant,
Survolant jour après jour
Les bas fonds de ce monde gémissant !
Scrutant ces eaux troubles
Sans jamais te laisser prendre
Au jeu du Malin qui sommeille en nous.
Tu côtoies les vautours
Sans nier qui tu es vraiment,
Tu craches sans détour
Ton venin, ton poison violent,
Assenant les fourbes
De tes vers virulents,
Révélant au grand jour
L'imposteur qui se défend
Par ses parures, ses bijoux
Son habit de lumière aveuglant.
Toi qui connais par cœur
Ce langage de serpent,
Qui mesure le cours,
La valeur de nos serments ;
Toi qui veille pour toujours
Voyant au delà des apparences,
Perché à la proue
De ce navire géant
Pour un voyage au long cours,
Et dont le naufrage est imminent ;
Toi qui vois mieux que nous
Où mènent nos chemins insouciants,
Ces chemins glissants
Qui nous réuniront tous
Jusqu'à la fin des temps :
Aux miasmes de ce monde agonisant,
De ce monde de fous,
Où règnent la violence,
La haine et le courroux.
Seras-tu notre secours,
La main qui se tend ?
Seras-tu un jour
De l'amour le garant ?
Seras-tu notre garde fou
Par delà nos tourments ?
Toi qui a le verbe brûlant
Et ne souffres aucun tabou,
Qui as cette prescience
De celui qui devance tout,
Cette clairvoyance
Qui nous manque à tous,
Sauras-tu rappeler à notre conscience
Cette mission confiée un jour
De vivre tout simplement ?
Dévoileras-tu les outrages de Satan
Avant que les tambours
Sauvages et tonitruants
Résonnent dans la cour,
Le glas, sonnant,
Annonçant le point de non-retour
De ce monde décadent ?
J'ose croire malgré tout
Que tu as ce pouvoir insolent,
D'anéantir l'anamour,
De faire de nous des titans
Prêts à vaincre quoi qu'il en coûte
Cet usurpateur, ce vil serpent !
Et peut être rendrons-nous un jour
A ce monde, son visage d'antan,
Celui des rêves doux,
Que nous faisions enfants.
Celui où l'agneau côtoie
Le plus tendre des loups...
Poème écrit par
Ko Ann |