C'était tout juste
Tout juste après
Après les premiers pas sur la lune
Était-ce "Au porte-plume"
"Au lapin qui mange des prunes"
"De fil en aiguille" chez Pacotille
Ferblanterie et quincaillerie à volonté
Ou "Quolibets fichés" chez Lou, le mercier.
C'était tout juste...
Ou peut-être me l'a-t-on raconté
Mais ce dont je me souviens
Je me souviens très bien
C'est Pernelle
Pernelle qui tournait la manivelle
Le volet s'ouvrait
La porte tintinnabulait
Et Pernelle lançait :"Bonjour les loupiots, ho, ho
Qu'est-ce qu'il vous faut ?"
Et là, de nos yeux écarquillés, nous dévorions les gourmandises dispersées dans de géants bocaux.
Il y avait tant de lumière
Dans son sourire
Tant d'écoles buissonnières
La rue dansait
Dansait
Ronde au goût de réglisse, de caramel "colle à mayar" et de berlingots.
C'était tout juste
Tout juste avant
Quand les enfants voient tout
Tout, très grand, et très longtemps.
Pernelle et son coin de ciel.
Depuis, Pernelle a déserté le quartier. Il me suffit de flâner et de fermer les yeux :
Les spirales de réglisse se déroulent comme le fil blanc d'un cerf-volant, entraînant mes -sissioux si francs-, mon escarcelle emplie de la mémoire des couleurs et des odeurs
Et...
Et Pernelle dans son coin de ciel
Pernelle se balançant d'une nacelle.
C'était tout juste
Tout juste après
Après les premiers pas sur la lune
Chez "Perlotin qui mangeait des prunes".
Poème écrit par
Chêne Agnès |