A force de remue-ménage,
moi et moi-même (et bisque et rage),
nous avons eu des mots, des gros,
parce que, sans doute, on s’aimait trop ;
Et d’ailleurs aussi des mots doux,
des mots doux mais version vaudou,
comme j’en disais à mes nounours,
la nuit, dans le creux de l’oreille,
en arrachant leurs yeux en douce,
pour plus qu’ils revoient le soleil ;
Des mots pour avoir peur du noir,
pour moi, pour la prière du soir
les deux mains jointes sous le hachoir,
des mots pour dire : "Mon Dieu, demain,
qui de nous deux, moi ou moi-même,
survivra de manger mes mains ?..."
Et la réponse fut moi-même,
et qu’il ne suffit pas des mains :
La vie se nourrit d’elle-même,
et tout lui va sauf le carême,
alors moi-même, ce crève la faim,
ma vie, bien qu’une vie de chien,
va qu’il me la bouffe quand même :
Mon sang, il s’en met plein la gueule,
pendant qu’au front moi j’ai sa fièvre,
et j’ai beau lui mordre mes lèvres,
c’est de plus belle qu’il crie : "Ma gueule !"
Vous avez raison de vous dire
qu’il y'a des choses à pas se dire,
et qu’à moins d’avoir les mots clefs,
on ferait mieux de la boucler ;
Pardon s’il me prend de l’ouvrir,
moi c’est pas pour vous faire offense,
moi c’est rien que pour me mentir,
comme un semblant d’auto-défense,
rien que des mots, que pour de rire
un S-O-S incognito
pour m’habituer au silence :
Les mots ça dit rien que des mots,
des mots sans l’ombre d’une chance,
pour un ami perdu d’avance...
Poème écrit par
Dayssol Henri Etienne |